Haute infidélité

Rosa Beltrán  
Beltrán, Rosa (2011). Haute infidélité, Paris: Éditions de la Différence 



portada-hauteinfidelite.jpgElle était tombée amoureuse. D'un homme au physique peu athlétique et avec des poches sous les yeux. Elle n'avait pas pu l'éviter. On ne peut pas éviter ces choses—là, même si on essaye. Et elle n'avait pas essayé. Pourtant, en un jour pa­reil, elle aimait imaginer ce qui se serait passé, ce qui lui serait advenu si elle avait choisi une autre option, n'importe laquelle. On ne devrait pas gas­piller autant d'énergie dans l'amour, se dit—elle, il n'existe aucune raison objective de préférer l'amour à d'autres expériences. Elle appuya sur l'accélérateur, convaincue de s'efforcer d'arri­ver le plus vite possible. En réalité, elle tentait de s'en persuader. Auprès de Juliân, elle se sentait pousser des ailes. Quelle que soit son humeur, elle était toujours excitée, toujours excitante. C'était déjà une bonne raison d'avoir préféré Juliân à tout le reste. À ses fameuses études de genre, par exemple. Une autre raison tenait à l'histoire de sa malchance. Deux raisons, telles des jumelles tyranniques : le désir frénétique et la malchance. L'amour est un chien de l'enfer, disait Bukowski. Qui pourrait soutenir le contraire ? Elle regarda autour de la voiture, comme si elle interrogeait un public invisible. Pas elle. Elle attendit que le feu passe au vert, accéléra et se creusa un peu la tête. Elle ne pensait pas grand—chose du désir. Rien de décisif. En revanche, elle avait plusieurs exemples de malchance.

Cet oncle, d'abord, le jour de ses quatre ans, qui l'avait assise sur ses genoux quand elle s'était approchée pour lui dire bonjour. Elle avait senti la main de l'oncle qui sortait un truc mou d'une ferme­ture éclair et le posait sous sa robe en dentelle, bouf­fante comme une meringue. Puis il s'était balancé et serré contre elle, s'interrompant pour applau­dir entre deux numéros, si content apparemment de voir de petits chiens sauter dans des cerceaux, qu'il prenait ses menottes et la faisait applaudir. Cette première expérience n'avait pas été épouvan­table, quoiqu'elle n'en ait jamais parlé. Plus tard, elle s'était même considérée comme une personne discrète. Elle avait décidé qu'il existait des secrets qu'on pouvait dire, bien qu'il faille taire la plupart d'entre eux. Pas les plus terribles mais les plus inconvenants. Par exemple : le sentiment qu'elle éprouvait, adolescente, quand elle se dirigeait vers un groupe de jeunes au cours d'une fête et qu'elle les voyait s'écarter, riant et échangeant des regards devant son visage couvert d'acné, comme si une explosion d'hormones vivante approchait. Quand elle avait entendu son premier surnom — Calcu­lette, à cause des boutons —, elle avait cru mourir. Le deuxième — Printemps, à cause des bourgeons —, lui avait fait l'effet d'une pierre écrasant une larve calcinée par le soleil. Au troisième, elle était blasée

La crise nerveuse avait pris la forme subtile d'une voix, la voix de sa mère qui lui disait : regarde—toi en moi. Nous, les femmes, n'avons pas besoin de l'approbation des hommes. L'idée l'avait atterrée et incitée à suivre plusieurs régimes. Le régime de la lune, le régime de l'ananas et du lait, et le régime du désespoir à base de rognures d'ongles. À dix—sept ans, elle avait emménagé seule. Elle ne parlait à personne et, quand elle se promenait au parc, elle détournait le regard des couples. Elle habitait un pe­tit appartement dans un immeuble de quatre étages où, bien qu'elle ne dise jamais bonjour, des hommes plus âgés qu'elle l'abordaient. Ils plantaient leurs yeux sur elle comme sur un cadavre.

—Je m'inquiète pour toi, disaient—ils.

Ces hommes n'étaient jamais célibataires ni mariés, mais en train ou sur le point de se sépa­rer de leurs femmes. Ils étaient déçus de tout et de rien, dépressifs et ennuyeux comme la pluie. Les seuls hommes jeunes qu'elle avait connus étaient soit des adeptes de la gonflette, soit des mollas­sons. Surtout des mollassons.

—Comment peux—tu lire un auteur appelé Ho­noré ? lui avait demandé un homme après une nuit passionnée, quand il l'avait vu lire Le Père Goriot au lit. Le pire, ce n'est pas que tu lises un auteur appelé Honoré, mais que tu le croies.

—Tu es vraiment bizarre, lui avait dit un autre. Pourquoi ne fais—tu pas de sport ? Tu ne sais pas que le meilleur moyen de te débarrasser de ton corps, c'est de t'en occuper ?

Avant d'accélérer à nouveau, elle pensa :

À chaque fois, son corps s'était dressé entre elle et les autres.

L'année où elle s'était inscrite en fac de lettres, sa vie avait changé. Les boutons avaient disparu, elle avait pris des formes et un amant, Klaus, un de ses camarades à l'accent berlinois. Un ex­communiste, ex—boursier de la RDA, enchanté par le soleil et l'érotisme du pays, selon ses propres mots. Peut—être était—ce le mystère qui émanait de la voix et des gestes brusques et chaleureux de Klaus, le fait d'étudier la poésie ou d'avoir vingt ans, l'un ou l'autre, ou tout à la fois, qui l'avait entraînée dans cette folle passion. Ensemble, ils étudiaient Denis de Rougemont : ils élaboraient de longues théories sur l'impossibilité d'aimer puis faisaient l'amour pendant des heures et des heures. Sans vraiment y réfléchir, elle avait cru qu'ils fini­raient par vivre ensemble. La nuit précédant l'exa­men, Klaus lui avait confessé qu'il était marié et père de deux enfants, qu'il n'avait pas voulu le lui dire car passer à côté de cet amour lui avait semblé injuste envers le destin.

—Pouvions—nous contrarier ce qui avait été écrit pour nous ? lui avait—il dit.

Carpe Diem. Elle avait échoué à l'examen, Klaus avait été reçu avec les honneurs et avait fait venir sa femme et ses deux enfants. Elle les avait vus une fois, à une conférence, où il parlait d'amour courtois devant ses deux chérubins ger­maniques et leur blonde mère. Elle avait de nou­veau entendu la voix — la voix de sa mère qui lui parlait des femmes illustres. Regarde—toi en elles. Pense à Marie Curie, disait—elle, pense à Isabelle Ire ou à Sor Juana. Pense aux nonnes ou aux saintes, si tu veux. Pense à Jeanne d'Arc. Que vois—tu ? Que saint Georges ne fait pas le poids à côté d'elle. Peut—on comparer le combat de Jeanne d'Arc à la lutte de saint Georges et du dragon ? Peut—on croire en un saint inexistant ?

—Tu m'as rabâché ça toute ma vie, avait—elle dit à sa mère qui était venue la voir le jour où elle avait décidé de ne plus quitter son lit.

—Je te le dis pour ton bien. Les femmes d'au­jourd'hui ne pensent plus aux hommes.

— Et à quoi pensent—elles ?

Elle se souvint du visage de sa mère s'approchant du sien à le frôler, un visage soudain énorme. Exprimant une émotion qu'elle ne lui avait jamais vue :

—À quelque chose de beaucoup plus excitant. Au succès.

Il serait exagéré de dire qu'elle avait élevé l'Autel des Femmes Illustres avec les livres apportés par sa mère ce jour—là et que c'était à partir de là qu'elle avait entrepris ses travaux ; en réalité, c'était cette faculté, qui semble donner à chaque organe du corps son autonomie, qui s'était activée de son propre chef. Elle avait expérimenté une nouvelle méthode : préparer des portions de plus en plus petites jusqu'à cesser de manger, ne boire que de l'eau, dormir et pleurer en abondance. Lire ou ne pas lire, tel était son vrai dilemme. Comment la patiente Pénélope, Emma Bovary ou Blanche Du—Bois peuvent—elles avoir confiance en la généro­sité d'étrangers dans ces conditions ? En fait, elle ne lisait pas à proprement parler. Elle avait com­mencé lentement avant d'accélérer ; elle dévorait les livres comme d'autres dévorent des gâteaux. Et elle avait repris pied. Elle avait obtenu son diplôme et une place de chercheuse dans l'unique domaine qui avait du sens à ses yeux, étant donné son goût pour la lecture à rebours ou, plutôt, la délecture : les études de genre. Elle était devenue éditrice. La voix de sa mère, elle s'en rappelait, la soutenait encore. En bonne mère, elle était prête à l'accueil­lir et la protéger. Si tu ne veux pas te regarder en moi, regarde—toi en elles.

Or la voix s'était tue quand Juliân (quinze ans de plus qu'elle et un sourire complice que souli­gnaient ses poches) avait fait irruption dans ses locaux et, après l'avoir regardée de haut en bas en souriant, lui avait fait comprendre qu'il désirait sans doute davantage qu'être édité par elle. Elle avait enfermé sa mère dans le passé et confié la clé à cet étranger, avec un avertissement préalable : il ne devait pas l'aimer que pour son corps, lui avait—elle dit avant de se déshabiller. Il devait l'aimer pour ses idées.

De quelles idées parlait—elle ! s'était—il exclamé après avoir fait l'amour, et comme elle était vrai­ment vexée, il s'était rétracté. Il n'avait pas voulu la blesser, non, il avait voulu dire : pour lesquelles de ses idées devait—il l'aimer ? Toutes ? Quelques—unes ? Les plus brillantes ? Ou aussi les superfi­cielles et les banales puisque, par essence, elles faisaient d'elle ce qu'elle était ? Maïeutique. Tel était le nom de la méthode qu'il utilisait. L'étourdir de questions évidentes pour atteindre une vérité, sa vérité. Car Juliân était à moitié philosophe (profes­seur de philosophie, en réalité) et gourmet (à moi­tié aussi) et consultant pour une agence de publi­cité, moins qu'à moitié puisque c'était une activité alimentaire et occasionnelle qu'une amie lui avait procurée. Elle était tombée amoureuse de lui pré­cisément parce qu'il correspondait à l'idée qu'elle se faisait d'un penseur. Que tel était le penseur de Rodin. Tout le contraire du pauvre Grégoire Samsa qui, une fois métamorphosé en insecte, ne pense plus qu'à arriver à l'heure au travail. Elle l'aimait pour ce qu'il faisait, ou plutôt, ce qu'il ne faisait pas : se vendre. Car si elle n'était pas une femme illustre, elle s'illustrait au moins par sa culture. Elle était autosuffisante, la question de sa subsis­tance était réglée. Elle avait ses trois guinées an­nuelles et son propre logement, vide certes, ce qui constituait, ou plutôt avait constitué, sa tragédie. Une tragédie dérisoire, surtout pour les gens qui, le dimanche, après avoir regardé la télé toute la journée, se disent tranquillement, comme Heideg­ger : « je suis seul » et s'endorment paisiblement, ayant assimilé sans problème la mort de Dieu. Ce n'était pas son cas, à elle. Si, en buvant un café devant l'Autel des Femmes Illustres, dont elle étu­diait la vie avec application, elle pensait : je suis seule, cette idée la poussait à éteindre l'ordinateur et abolissait son désir d'avenir, sans parler du pré­sent. Elle allait se coucher ou se laissait emporter par une fièvre de travail qui révélait son besoin de se cultiver, dans le seul but d'écarter les images de l'oncle, de son propre visage boutonneux, des hommes au bord du divorce, de Klaus, de la mau­dite lyrique provençale et des études de genre. C'était une autre raison d'avoir choisi l'amour, il la rassurait et, surtout, lui donnait le sentiment d'être vivante.

Et c'est sans doute pourquoi Marcela — elle se parlait ainsi quand elle prenait sa douche ou s'habillait, c'est—à—dire quand elle se considérait comme un corps — non seulement recouvrait cette nudité si excitante que son amant devait découvrir à chaque rendez—vous, mais elle posait une condi­tion chaque fois qu'ils abordaient ce continent : elle voulait discuter avec son amant de son amour superficiel pour son corps. Elle, elle l'aimait pour quelque chose de plus essentiel, lui disait—elle. Elle ne pouvait s'imaginer avec un homme qui ne fût pas lui. Pas même un homme plus beau ou plus jeune. Ou, exerçant un autre métier, un homme plus riche. Ou d'un caractère plus facile. Elle l'aimait parce qu'il était ce qu'il était. Il désapprouvait en secouant la tête. Il n'était pas d'accord. Lui, disait—il, l'aurait aimée si elle avait eu d'autres idées ou d'autres activités, tant qu'elle gardait le même corps. Et elle remontait sur ses grands chevaux. Elle le soupçonnait de ne pas être amoureux d'elle mais d'une autre. Et elle revenait à la charge : il devait l'aimer pour ce qu'elle fai­sait, nous, êtres humains, sommes ce que nous fai­sons. Absurde ! Comment pourrait—il l'aimer parce qu'elle éditait une revue d'études de genre ?

Elle se rappelait qu'ils en avaient discuté pen­dant des heures (qu'ils auraient pu occuper autre­ment, selon lui) parce que c'était là, peut—être, qu'avaient germé leur fascination et leurs désac­cords. Il l'écoutait argumenter avec une énergie qu'il ne possédait pas et gaspiller cette même énergie en luttant inutilement contre sa nature. Pourquoi ne l'employait—elle pas plutôt à se dés­habiller ? Elle s'était vexée quand il le lui avait dit. Elle ne s'était pas couvert le corps pour rien. Il s'était expliqué : il n'avait pas voulu la frois­ser. Il ne désirait pas souligner qu'ils avaient pas­sé les dernières semaines à discutailler, mais la convaincre d'en rester là. Qu'elle chicane, si cela la rendait heureuse. Qu'elle se batte, même si elle ne savait pas contre quoi, après tout, avait—il dit, les femmes sont un mystère. Elles luttent sans cesse, contre elles—mêmes la plupart du temps. Sauf que leur combat est stérile et que, en l'occurrence, il menaçait d'anéantir la seule raison pour laquelle il valait vraiment la peine de vivre, de son point de vue du moins : l'attraction qu'elle exerçait sur sa personne, son corps inclus. Marcela souriait. Elle avait choisi l'amour pour cette raison. Ou une force supérieure l'avait choisi pour elle.

Quand elle arriva sur l'avenue, elle mit le cli­gnotant. Elle se rabattit sur la gauche et, après avoir fait demi—tour dans un trafic dense, elle chercha une place pour se garer. Il lui fallut du temps car, contrairement aux autres fois, on était samedi. Il valait mieux laisser la voiture à deux pâtés de mai­sons. L'ex—femme de Juliân pouvait passer déposer leur fils à l'appartement et tomber sur elle serait fatal. Bien qu'ils ne vivent plus ensemble depuis plus de deux ans, il préférait ne pas informer son ex—femme de leur liaison. Pourquoi ? Le monde qu'ils partageaient leur appartenait, disait Juliân, et ne concernait qu'eux.

Devant la porte de l'immeuble, elle regarda en haut et vit que les fenêtres de Juliân étaient ou­vertes. Elle sonna et patienta. Elle s'attendait à en­tendre le bourdonnement de la porte automatique mais, à la place, une voix de femme demanda : qui est là. Marcela se pétrifia. Elle n'osa pas répondre : c'est moi, il n'était pas impossible que sa femme soit montée ce jour—là à l'appartement, contraire­ment à ses habitudes. Que faire ? Elle tournait déjà les talons quand elle entendit le bourdonnement de la porte, comme une invitation : était—il seul ou avec elle ? Et s'ils étaient ensemble, qui avait appuyé sur le bouton, lui ou elle ?

Elle entra dans l'immeuble en s'interrogeant : que vais—je faire, je vais dire que je suis une de ses élèves. Et aussi : il a dû survenir quelque chose de grave puisque nous avions convenu formelle­ment de nous voir à cette heure—là. Ou non ? Elle s'était peut—être trompée ? On était samedi. Ils ne s'étaient jamais donné rendez—vous le samedi. La veille pourtant, il avait clairement convenu de la voir. Elle s'en souvenait très bien : je t'attends demain, avait—il dit avec un sourire, en glissant la main dans son pantalon flottant : je t'attends. De­vant la porte de l'appartement, sa première idée fut de regagner l'ascenseur en vitesse. Mais la porte s'ouvrit, la prenant par surprise et ne lui laissant pas le loisir de se faire davantage d'idées. La femme de ménage l'informa que M. Juliân était absent, qu'elle ne savait pas où il était et qu'il ne l'avait pas avertie que quelqu'un passerait, non. Elle in­sista : ils avaient convenu de se voir ici, à neuf heures du matin précises. La femme de ménage leva les yeux au ciel avec impatience, il y avait plus de dix ans qu'elle venait le samedi et jamais elle n'avait oublié un message, elle était désolée. L'aplomb excessif de la femme de ménage suggéra à Marcela qu'elle avait le droit d'entrer et de dire, d'un ton ferme mais aimable : merci beaucoup, je vais l'attendre à l'intérieur. La femme de ménage la considéra avec l'expression qu'elle réservait à ses patronnes qui lui donnaient de vieux vêtements ou des parfums éventés : les sourcils arqués, l'air fusant par les narines, elle réprimait son envie de leur rire au nez et de quitter la pièce en leur tour­nant le dos, impavide. Sans ce regard, Marcela au­rait peut—être attendu au salon, comme la première venue. Mais ce regard la poussa à démontrer ce qu'il était impossible de démontrer à ce moment—là : qu'elle avait des droits, qu'elle n'était pas une simple visiteuse. Elle s'engagea dans le couloir et se dirigea vers la chambre de Juliân. Elle s'arrêta pour écouter la femme de ménage qui nettoyait la salle de bain de la chambre voisine, puis continua jusqu'au bout. Elle stoppa devant le bureau. Elle regarda le fouillis d'objets et de papiers, la photo de son fils, un garçon d'environ quatorze ans qui avait l'air de détester le monde entier, y compris ce père à qui il avait offert le cliché, le monceau de livres, les stylos et la montagne de dossiers à pro­pos desquels elle avait plaisanté plusieurs fois : un jour, tu verras, je te rangerai tout ce bazar, quand tu ne seras pas là. Elle s'approcha, comme si ce jour était venu et, en déplaçant le bloc—notes, fit tomber une pile de feuilles qu'elle ramassa aussitôt. Elle en prit une et la lut. C'était une lettre écrite en Courier New, corps douze, comme Juliân l'exigeait pour les copies de ses élèves, sauf qu'il ne s'agissait pas d'une copie. L'odeur d'ammoniac en provenance de la salle de bain s'accentua ; de même que les frottements lui avaient paru étranges, l'absence de bruits et le silence l'agressèrent. L'amour est un chien de l'enfer. Certes Marcela réagit vite et, vu la situation, fit preuve de présence d'esprit et de sang—froid. Cependant un détail lui avait échappé : en s'arrêtant pour relire la lettre de l'étudiante qui évoquait des jours heureux passés ensemble et des promesses récentes, elle n'avait pas noté que la femme de ménage était arrivée dans son dos et avait posé son seau d'eau par terre, si bien qu'en se retournant, elle le heurta et le renversa.

Avant de quitter l'appartement, elle crut en­tendre la femme de ménage dire (à moins qu'elle ne l'eût pensé elle—même) : les femmes frustrées portent la poisse.


Roman traduit de l'espagnol (Mexique) par Pauline Duval

 
 
 
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Edición: Rodrigo Martínez  
Diseño: Sergio Martínez